Le dernier rapport du Conseil d’orientation des retraites prévoit une dégradation d’ici 2070 beaucoup plus marquée qu’anticipé des comptes du système de retraite français. En cause principalement : le recul de la natalité.

Les perspectives financières du système français de retraite se détériorent fortement. Selon le rapport annuel du Conseil d’orientation des retraites (COR), rendu public le 11 juin 2026, le déficit cumulé des régimes français de retraite devrait atteindre 92,2 milliards d’euros en 2070. L’an dernier, ce solde négatif était estimé à 55,4milliards d’euros.

Cette révision représente une aggravation de près de 37 milliards d’euros et conduit à un déficit quasiment
deux fois plus important que celui envisagé jusqu’à présent. Pour le COR, cette évolution s’explique avant tout par les nouvelles hypothèses démographiques retenues par l’Institut national de la statistique et des études économiques (Insee).

La baisse de la natalité fragilise durablement le financement des retraites

L’Insee a récemment revu à la baisse ses prévisions de natalité. Le taux de fécondité devrait ainsi s’établir à 1,45 enfant par femme à partir de 2028, contre 1,8 enfant par enfant pour l’hypothèse précédente.

Cette évolution a des conséquences directes sur l’équilibre du système. Avec moins de naissances, le nombre futur d’actifs diminue, réduisant mécaniquement les recettes issues des cotisations vieillesse qui financent les pensions des retraités. Cette contraction du nombre de cotisants explique l’essentiel de la dégradation attendue des comptes.

L’immigration et une moindre hausse de l’espérance de vie limitent les dégâts

Le COR souligne toutefois que plusieurs facteurs permettent d’atténuer l’impact de cette baisse de la
natalité. Les projections d’espérance de vie ont été légèrement revues à la baisse. En 2070, une femme âgée de 65 ans pourrait espérer vivre encore 26,3 années, contre 26,7 ans dans les estimations précédentes. Pour les hommes du même âge, l’espérance de vie est désormais évaluée à 24,4 ans, contre 24,8 ans auparavant.

Surtout, les flux migratoires apparaissent beaucoup plus dynamiques qu’anticipé. Le solde migratoire annuel
est désormais estimé à 150 000 personnes, soit plus du double de l’hypothèse retenue jusqu’ici (70 000 personnes). Cette contribution supplémentaire de la population active permettrait de compenser environ les trois quarts des effets négatifs liés à la baisse de la natalité.

Un âge de départ effectif qui continuera de progresser

Au-delà des équilibres financiers, le rapport du COR confirme la poursuite du recul de l’âge réel de départ à la retraite. Sous l’effet des différentes réformes ayant relevé l’âge minimum de départ (âge légal) et allongé la durée d’assurance requise pour bénéficier d’une pension à taux plein (sans décote), l’âge de départ dit « conjoncturel » devrait augmenter progressivement. Il passerait de 62 ans pour les personnes nées en 1955 à 64,6 ans pour celles nées en 2000.

Cette évolution traduit l’impact durable des réformes engagées depuis plusieurs décennies pour contenir les
dépenses de retraite. Le COR anticipe également une baisse du taux de remplacement, c’est-à-dire du rapport entre le montant de la retraite et le dernier salaire perçu.

Des pensions de plus en plus faibles par rapport aux salaires

Pour les salariés non-cadres, ce taux passerait en moyenne de 75% pour la génération née en 1955 à 68% pour celle née en 2000. Chez les cadres, il reculerait de 53% à 47% sur la même période.

Cette diminution résulte principalement des règles d’indexation mises en place depuis la réforme Balladur de 1993. Les pensions du secteur privé sont revalorisées en fonction de l’inflation et non plus de l’évolution des salaires. Comme les prix progressent généralement moins vite que les rémunérations, les retraites perdent progressivement du terrain par rapport aux revenus d’activité.

Les régimes complémentaires accentuent le recul du niveau des retraites

La baisse du rendement des points Agirc-Arrco contribue également à la diminution des pensions. Afin de restaurer son équilibre financier, le régime de retraite complémentaire des salariés du privé a progressivement réduit la rentabilité des cotisations versées par les salariés. Cette évolution a un impact significatif sur le niveau global des retraites, puisque l’Agirc-Arrco représente en moyenne près de 30% de la
pension des non-cadres et environ 60% de celle des cadres.

Les agents publics ne sont pas épargnés par cette tendance. Selon le COR, leur taux moyen de remplacement reculerait de 63% pour la génération 1955 à 56% pour celle née en 2000. L’indexation
des pensions sur l’inflation depuis 2003 explique là aussi une partie de cette évolution. Mais le principal facteur réside dans la montée en puissance des primes au sein de la rémunération des fonctionnaires. Ces compléments de salaire, utilisés notamment pour compenser le gel du point d’indice, ne sont pas soumis aux cotisations vieillesse dans les mêmes conditions que le traitement indiciaire et sont donc pas pris en compte dans le calcul de la retraite des agents publics.

 

Source : https://www.cor-retraites.fr/sites/default/files/2026-06/RA_2026_def.pdf