Serge Pizem, Directeur Général de Swiss Life Gestion Privée, et Christian Bito, professeur à l’ESSEC et Vice-Président de SLGP, décryptent une année 2025 plus dynamique que prévu et les enjeux clés pour 2026. Entre droits de douane, politiques budgétaires et tensions géopolitiques, découvrez leur analyse des moteurs de croissance… et des risques qui pourraient freiner la course.

En 2025, la progression de l’économie mondiale s’est révélée supérieure aux attentes.

En 2024, la croissance globale était de +3,3 %. Elle devait ralentir en 2025 compte tenu des risques sur l’activité de la mise en place de droits de douane imposés par l’Administration Trump sur les importations américaines, le premier acheteur mondial. Les risques géopolitiques faisaient planer également de nombreuses craintes qui auraient dû freiner les investissements dans ce contexte.

Finalement, selon l’OCDE et le FMI, la croissance du PIB devrait atteindre +3,2 %, un niveau comparable à celle de 2024. Les Etats-Unis qui auraient dû pâtir des droits de douane n’ont connu qu’une inflation passagère : la hausse des tarifs l’a fait passer de 2,9 % en décembre 2024 à 2,7 % pour le dernier chiffre publié de novembre ! Ces taxes douanières devraient également combler une partie du déficit que la loi surnommée ‘Big and Beautiful Bill’ prévoit sur les dix prochaines années. Ce vaste plan, que le président américain a fait approuver au mois de juin par le Congrès, représentera environ 5 000 milliards de dollars de dépenses additionnelles, principalement des investissements et des réductions d’impôts sur les prochaines années. Ce programme est probablement un des moteurs qui explique la résilience de la consommation des ménages américains et le maintien des investissements des entreprises, notamment dans le domaine de l’IA,la cybersécurité et la défense.

Le Japon a également connu une croissance positive en 2025, proche de + 1% d’après les chiffres prévus par le FMI, supérieure aux premières prévisions. La nouvelle première ministre, Madame Sanae Takaichi nommée en octobre dernier déclare vouloir mener une importante série de réformes afin de dynamiser à nouveau la quatrième puissance économique mondiale. Cependant, cette reprise s’accompagne d’une inflation qui remonte, proche de 3% et contraint à une remontée des taux d’intérêt initiée par la BoJ, la banque centrale japonaise. Les taux d’intervention sont passés de 0,25 % en décembre 2024 à 0,75 %. Les marchés craignent à la suite des propos de son président, monsieur Ueda, que cette hausse se poursuive. Les taux à long terme ont réagi en conséquence, passant pour l’échéance à 10 ans de 1 % à 2,07 %, soit un plus haut depuis vingt ans. Bien que le Japon soit un des seuls grands pays à subir une hausse des taux, ses indices boursiers ont été positifs, le Nikkei 225 dépassant le niveau de 50 000 pour la première fois depuis plus de 20 ans.

L’Inde qui partage cette quatrième place dans les puissances économiques a également surpris par la vigueur de sa croissance atteignant même au troisième trimestre une croissance de +8,2 % sur les douze derniers mois.

La Chine souffre encore pour son économie domestique touchée par la crise immobilière et sur ses activités industrielles qui doivent s’adapter à la hausse des droits de douane fixés à 45 % par les Etats-Unis après une longue phase de négociation. Sa croissance devrait tout de même se rapprocher de 5 % en 2025, 4,8 % selon le FMI.

En définitive, l’Europe affectée directement par le conflit en Ukraine, la guerre commerciale, les problèmes budgétaires -particulièrement pour la France – se trouve en dernière place des contributeurs à l’accélération de la croissance en 2025. Elle va réaliser un modeste +1,2 % pour la zone euro, comme la Grande Bretagne attendue à +1,3 %. Dopés par les secteurs de la Défense et la technologie, les marchés d’action européens ont également progressé positivement. L’Euro Stoxx 50 a atteint son plus haut historique à la fin de l’année. La hausse de l’euro par rapport au dollar (environ 13% en 2025) ou au Yen a pénalisé les performances des marchés hors zone euro.

Au total, l’année écoulée devrait comptabiliser environ +3,2 % de croissance mondiale. Un chiffre proche de 2024, plutôt élevé en comparaison historique. Cela a porté la performance globale des marchés des actions car, en parallèle, les taux d’intérêt sont restés stables ou en baisse. Les banques centrales, Japon à part, ont constaté une inflation proche de leurs objectifs. L’inflation termine sous 3 % aux USA à 2,7 % et à 2,1 % en zone euro. La Fed a entamé la baisse des taux directeurs les ramenant de 4,5 % à 3,75 %, et de 3,15 % à 2,15 % pour la BCE.

Les défis de l’année 2026

L’inflation sera le premier sujet pour les économies mondiales. Les droits de douane qui, après plusieurs négociations avoisinent un taux moyen de 14 % sur l’ensemble des importations américaines d’après l’OCDE n’ont peut-être pas encore produit le choc redouté sur les prix selon la BCE. Néanmoins, la balance commerciale des Etats-Unis montre dans son dernier chiffre publié une réduction du déficit pour le mois de septembre. Il atteint 52,8 milliards de dollars, chiffre le plus bas depuis juin 2020. Les industries avaient anticipé la hausse des tarifs de leurs importations en constituant d’importants stocks au début de l’année 2025. Mais un comportement de substitution au profit de produits domestiques américains est probablement en train de se mettre en place, tant chez les consommateurs que les entreprises. Lors de sa dernière réunion en décembre, la Fed se déclare plus optimiste sur ce point puisqu’elle revoit en diminution sa prévision pour l’inflation américaine de +2,6 % à +2,4 %. Son objectif serait donc respecté, les taux directeurs pourraient rester bas. Le prix du pétrole comptera également : sa baisse observée en fin d’année se maintiendra si l’administration américaine poursuit l’ouverture de nouveaux forages comme récemment en Alaska et bientôt dans le Golfe du Mexique. Elle dépendra aussi de l’évolution des négociations entre l’Ukraine et la Russie. Les restrictions d’achat à la Russie touchent directement l’Europe, mais l’avancée du plan de paix pourrait inverser la tendance. Il est encore difficile de se prononcer à l’heure actuelle sur ce point géopolitique. L’intervention américaine du 3 janvier au Venezuela introduit une nouvelle incertitude car ce pays, première réserve mondiale, ne produit actuellement que 1 million de barils par jour, soit environ 1% du marché mondial du pétrole.

L’OCDE est un des premiers à estimer la croissance globale de 2026. L’organisation prévoit un léger ralentissement de +3,2 % à +2,9 %, à cause notamment des incertitudes géopolitiques. Elle pense que la croissance américaine ralentira de 2% à +1,7%. Pourtant, la Fed estime à l’inverse que la croissance des Etats-Unis en 2026 sera supérieure à sa première estimation de 1,8 %. Elle atteindrait 2,3 %. Les perspectives du FMI sont également plus positives puisque le fonds monétaire international affiche +2,1 % en 2026 pour les Etats-Unis.

Ces différentes prévisions qui restent positives négligent l’impact des politiques intérieures de chaque nation. Or, plusieurs grands pays moteurs dans la croissance mondiale se préparent à utiliser l’arme budgétaire afin d’assurer la poursuite de la croissance : les USA avec le « Big and Beautiful Bill », le Japon avec sa nouvelle première ministre Madame Takaichi qui veut un plan d’investissement de 100 milliards de dollars, l’Allemagne qui au cœur de l’Europe investira massivement dans le secteur de la défense et la Chine qui planifie un retour de sa croissance grevée par la crise du logement à un niveau supérieur à 5 %. L’Inde poursuit son avance à plus de 6 % grâce à sa démographie. La France ne pourra guère se distinguer compte tenu de sa contrainte de réduction du déficit dans un environnement sans majorité claire élue.

Ainsi, à l’image de la Chine qui débutera en février 2026 l’année sous le signe du cheval, les économies ne marquent pas le pas. Le commerce international est toujours important puisqu’il progresse de +4,2 % en 2025. L’apparition des droits de douane a pour le moment entraîné une mutation géographique et sectorielle. Ainsi, les échanges entre pays asiatiques s’intensifient, les exportations de la Chine vers l’Europe augmentent et les échanges de technologie progressent. Les prévisions globales du FMI sont parmi les plus optimistes avec une croissance planétaire à +3,1 % en 2026 qui ne souffrirait que pendant le premier semestre de ces évolutions. Optimisme que nous partageons puisque le dernier PIB publié pour le troisième trimestre 2025 aux USA a surpris à la hausse à +4,3 % en rythme annualisé. Cependant, ces perspectives seront soumises aux aléas que peuvent réserver la politique – les élections de mi-mandat aux USA par exemple ainsi que la géopolitique. Sur ce deuxième sujet, les préoccupations sont encore nombreuses, notamment avec le conflit Ukraine-Russie. Enfin, le rôle des banques centrales, la Fed et la BCE sera déterminant. Leurs politiques accommodantes permettent le maintien de taux bas favorisant ainsi le crédit, paramètre clé pour l’investissement, l’immobilier et la consommation. Le volontarisme des banques centrales et en particulier de la Fed avec un changement de président prévu en mai pourrait fortement contribuer à doper l’activité économique qui passerait alors au galop ! C’est également un facteur favorable à la poursuite d’une tendance positive sur les marchés d’actions.

Achevé de rédiger le 5 janvier 2026, 
Serge PIZEM, Directeur Général de Swiss Life Gestion Privée, Christian BITO, professeur de finance à l’ESSEC et Vice-Président de SLGP 

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