Après plusieurs mois de stabilité, les taux d'intérêt repartent à la hausse sous l'effet des tensions géopolitiques et du retour de certaines pressions inflationnistes. Quelles conséquences pour le crédit, l'immobilier et l'épargne ? Les experts de Swiss Life Gestion Privée analysent les principaux enjeux à surveiller dans les mois à venir.
« Les conditions du crédit restent positives pour la zone euro » ; c’est le message de madame Lagarde lors de la réunion du mois de septembre de la BCE. Sur quels éléments fonde-t-elle son appréciation ? Cela va-t-il durer ? Déjà, de nombreux professionnels de l’immobilier craignent les conséquences des tensions apparues en ce mois de septembre sur les taux d’intérêts. Et ces hausses vont-elles impacter l’épargne ?
La situation financière du crédit en zone euro : Le rapport de la BCE du mois de juillet.
L’institution mesure sur les douze mois écoulés une croissance de la masse monétaire de +3 ,1 %. L’évolution des liquidités est cohérente avec le niveau de l’activité, une croissance proche de 1 % dans la zone et l’inflation d’environ 2 % sur la période. Les prêts accordés aux ménages progressent de 3,1 % en juillet dernier et ceux aux entreprises montent à +4,4 %. Ainsi, actuellement, la politique monétaire de l’institution ne se caractérise pas par une restriction des liquidités et du crédit.
La poursuite des conflits géopolitiques va-t-elle modifier la donne ?
La résurgence de l’inflation depuis le début des hostilités au Moyen-Orient et leur récente reprise d’intensité, tant autour du Golfe qu’en Ukraine et en Russie amène la BCE à se montrer vigilante.
Fort de l’expérience de 2022, elle a même agi dès le mois de juin en relevant une première fois ses taux directeurs de 0,25 %. Et une seconde fois ce mois de septembre, portant son taux de refinancement à 2,60 %, le taux de référence auquel les banques se financent auprès de la BCE. L’inflation vient en effet de monter à 3,3 % et à 2,4 % en août pour sa composante « core », c’est-à-dire hors prix de l’énergie et des matières agricoles. Ces hausses qui totalisent + 0,50 % à ce stade sont bien inférieures à celles décidées en 2022. A cette époque, une inflation qui a culminé à plus de 10 % en zone euro avait contraint l’institution à passer son taux de refinancement de 0 % à 4,5 %. Les conditions du crédit avaient été directement impactées, entraînant un krach sur les marchés financiers et une chute de l’activité immobilière. Aujourd’hui, l’action de la Banque Centrale est plus modérée. Et, comme le rappelle madame Lagarde : sous réserve de l’évolution des conflits puisque le baril de Brent vient de remonter à plus de 109 dollars en ce début septembre. Le prix du gaz en Europe est passé de 26 euros à 84 euros le mégawattheure. En 2022, il avait atteint un record de 335 euros. La politique restrictive de la BCE est considérée par les marchés comme raisonnable à l’heure actuelle.
Les conditions du crédit peuvent néanmoins être affectées dans les prochains mois car les taux longs, les taux de marché sur les marchés obligataires ont monté. Ils ont même dépassé les niveaux de 2022 ou de 2008 sur différentes places. Le taux à dix ans de la dette française est proche de 4,5 %. Cette référence impacte les taux d’emprunts de différents secteurs, notamment celui des banques lorsqu’elles vont sur le marché pour financer les crédits accordés à leur clientèle. Ainsi, au-delà du resserrement mené par la banque centrale, c’est le marché qui impose ces nouvelles conditions. La situation n’est pas dramatique mais préoccupante et le marché de l’immobilier devrait montrer les premiers signes de ralentissement.
La Banque centrale va-t-elle aller plus loin ?
La FED américaine est confrontée à un dilemme comparable. L’institution a également dans ses objectifs de monter ses taux directeurs afin de freiner l’activité, éviter les effets de second tour, c’est-à-dire de propagation de l’inflation sur les salaires. A la sortie de l’été, elle n’a pas encore agi. Pourtant l’économie américaine subit une inflation proche du même niveau que la zone euro à 3,4 %. Une différence majeure peut expliquer ce décalage dans son action sur les taux directeurs avec l’Europe. Les gains de productivité de son économie se sont élevés à +2,1 %. Dans une certaine mesure, ils permettent aux entreprises de compenser une partie des hausses des coûts de l’énergie et surtout des salaires qui ont progressé de + 3,47 % sur les douze derniers mois aux USA. La zone euro est moins bien positionnée sur ces critères puisque les salaires ont progressé de 3,4 %, mais les gains de productivité sont mesurés à seulement +0,8 % sur les douze derniers mois.
La BCE doit en conséquence rester prudente. Les perspectives de croissance ont été légèrement revues à la hausse dans notre zone à + 0,9 % contre 0,8 % précédemment pour l’année 2026. Alors que l’activité aux Etats-Unis dépassera certainement +2 % cette année, la marge reste étroite en zone euro pour lutter contre l’inflation en freinant le crédit. Cela affecterait l’investissement et la consommation et pourrait détruire une reprise encore timide. Les propos de madame Lagarde ont heureusement un peu rassuré les marchés car ils témoignent de la prise de conscience de ce constat.
Et l’épargne ?
Les placements monétaires offrant des rendements élevés pèsent sur les marchés. En 2022, la hausse des taux courts avait entrainé la chute des bourses, actions comme obligations.
Aux niveaux actuels, l’impact est encore très limité. Les taux d’épargne financière en zone euro n’ont pas particulièrement bougé depuis le début de l’année. Ils restent élevés proche de 14 % pour la zone. La France se distingue particulièrement avec un des plus forts taux d’épargne financière. Le dernier chiffre montre une légère diminution, de 17,8 % à 17,2 %. Le mouvement est peu significatif. Peut-être, comme l’a évoqué madame Lagarde cette année, les ménages ont prélevé sur une partie de leur épargne le surcout des dépenses liées aux prix de l’énergie !
Achevé de rédaction le 14 septembre 2026.
Serge Pizem, Directeur Général de SLGP et Christian Bito, professeur de finance à l’ESSEC et Vice-Président de SLGP.
AVERTISSEMENT
Investir sur les marchés financiers présente un risque de perte en capital.
Ceci est un document publicitaire. Cet article ne peut être reproduit en tout ou partie, sans autorisation préalable de la société de gestion. Les avis et opinions ici exprimés sont ceux de Swiss Life Gestion Privée à la date de diffusion et sont susceptibles d’évoluer dans le temps. Les informations et analyses contenues dans cet article peuvent être partielles et sont susceptibles d’être modifiées sans préavis. Cet article ne constitue nullement un conseil en investissement, une proposition ou une offre de souscription de titres financiers ou de service et ne saurait engager la responsabilité de SwissLife Gestion Privée. Les performances passées ne préjugent pas des performances futures. La Société de Gestion n'est pas soumise à l'interdiction d'effectuer des transactions sur ces instruments avant la diffusion de la communication. Swiss Life Gestion Privée est une société de gestion d’actifs agréée par l’Autorité des Marchés Financiers (AMF), filiale à 100%, de la banque privée du groupe Swiss Life, Swiss Life Banque Privée.
#ComprendrePourDécider
Communication à caractère informatif et publicitaire